Histoire du dé

Selon la légende grecque, le héros Palamède inventa les dés pour distraire ses compagnons qui, dix années durant, firent le siège de Troie. Nous savons même, d'après Ho­mère, qu'à l'époque, les notables pratiquaient le jeu assis sur des peaux de boeuf devant la porte du palais d'Ulysse. En fait, les dés étaient connus plusieurs siècles avant la guerre de Troie. On en a retrouvé dans des tombeaux égyp­tiens et il est déjà fait allusion aux funestes effets du goût immodéré pour les jeux de dés dans le plus ancien des quatre livres sacrés de l'Inde.

Le dé qui doit son nom au latin datura (donné par le sort), en grande faveur chez les Grecs et les Romains, ap­paraît en France dès le XII e siècle. Le jeu connaît vite un grand succès, au temps de la Chevalerie. Il existe même à Paris et dans certaines grandes villes des Académies de Jeu de dés (scholae deciorum). La corporation des déciers ou fabricants de dés devient fort importante et le demeure même après l'apparition des premiers « cartiers » à la fin du XIV e siècle. Nombre d'ordonnances royales, dont une de Saint-Louis interdisent ou réglementent, sans grand effet, les jeux de dés.

La passion du jeu gagne aussi le petit peuple. On en a pour preuves notamment une ordonnance du Magistrat de Lille de 1382 portant défense aux guetteurs de jouer aux dés et au tric-trac. En 1398, la Prévôté de Pa­ris interdit aux « gens de métier », à peine de prison, de jouer les jours ouvrables ! Plus tard, assez joueur lui- même, le bon roi Henri IV, reprenant une idée de son pré­décesseur, décide de tirer « quelque commodité » des cartes et des dés, en les soumettant à l'impôt. On n'en joue pas moins et si les déciers devenus moins nombreux se montrent récalcitrants, les cartiers vont mettre tous les moyens en œuvre pour lutter contre cette façon d'aider au rétablis­sement des finances.

Si le dé demeure le symbole du hasard, les jeux de dés ont perdu avec le temps les graves défauts dont on les acca­blait. Le démon du jeu a trouvé tant de nouveaux moyens de tentation que les dés ne constituent plus guère la plu­part du temps qu'une aimable récréation. En dépit des apparences pourtant le jeu n'est pas toujours aussi enfan­tin qu'il paraît. C'est en étudiant les chances qu'a un joueur d'obtenir un total donné en lançant deux dés, que Pascal établit les bases du calcul des probabilités. Il est bon d'y songer notamment quand on a la faculté de jouer ou non une seconde fois pour modifier un total obtenu. Dans une pensée analogue, il est souhaitable, lorsque le jeu comporte un « banquier », que chacun en tienne le rôle à son tour, pour égaliser les chances.